Les vingt-cinq ans de coopération entre l’Union africaine et l’Union européenne n’ont pas suffi à transformer le continent africain. Malgré des promesses de prospérité, de paix et de développement durable, l’UA reste largement dépendante de son partenaire européen et peine à imposer sa propre stratégie. À l’occasion du 7ᵉ sommet des deux institutions à Luanda, le bilan de ce partenariat asymétrique questionne la crédibilité et l’efficacité d’une relation où les ambitions ne semblent pas répondre aux besoins des populations africaines.

Les 24 et 25 novembre 2025, la ville de Luanda a accueilli le 7ᵉ sommet Union africaine – Union européenne. Un rendez-vous présenté comme stratégique pour redéfinir les relations entre les deux continents. Chefs d’État, ministres, diplomates et partenaires techniques ont convergé vers la capitale angolaise avec l’ambition affichée de renforcer la paix, l’intégration économique, le commerce intercontinental et la transition écologique. Selon des indiscrétions, une enveloppe symbolique de 150 milliards d’euros devrait être annoncée à la fin des travaux pour donner un souffle nouveau au partenariat.
Derrière le faste diplomatique, la réalité du partenariat UE-UA montre cependant un déséquilibre persistant. L’Union européenne, principal bailleur de fonds, contrôle largement les opérations de paix, les programmes institutionnels et les projets économiques. De son côté, l’Union africaine peine à s’affirmer comme une institution crédible et autonome capable de définir et d’imposer sa propre stratégie continentale.

Officiellement, le partenariat repose sur une vision commune pour 2030, articulée autour de la prospérité, des populations, de la planète et de la paix. Il inclut des initiatives dans la santé mondiale, les énergies durables, la lutte contre le changement climatique et la transformation numérique. Pourtant, malgré 25 ans de sommets et d’engagements répétés, ces ambitions peinent à se traduire en résultats tangibles pour les africains.
L’Afrique reste confrontée à des coups d’État à répétition, des régimes autoritaires solidement installés, des conflits transfrontaliers, une insécurité chronique et la menace permanente de groupes terroristes. Dans ce contexte, l’appui financier et technique de l’UE n’a pas suffi à générer une montée en puissance réelle de l’UA ni à instaurer une stabilité durable.
Sur le plan économique, l’UE reste le premier partenaire commercial de l’Afrique, principalement parce qu’elle importe massivement les matières premières du continent, souvent sans transformation locale, et donc sans véritable impact sur le développement local. Les populations africaines ressentent peu les bénéfices de ce partenariat censé stimuler la prospérité. Au niveau diplomatique aussi, l’UA ne voit aucune percée significative de sa position dans plusieurs instances internationales. L’absence de soutien clair de l’UE à la demande africaine d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU illustre cette asymétrie, malgré l’importance stratégique de cette revendication pour la représentativité du continent.

Vingt-cinq ans après le premier sommet UE-Afrique, le constat affiche une Union africaine qui reste largement dépendante, financièrement et politiquement, de son partenaire européen. Les ambitions affichées de coopération et de leadership africain se heurtent aux réalités d’une institution encore fragile et peu audible sur la scène internationale.
Le sommet de Luanda devrait fixer l’avenir du partenariat entre les deux institutions. Mais tout réside en la capacité de l’UA à sortir de cette dépendance, à affirmer une vision cohérente, à accorder ses violons et à redéfinir ses priorités. Si ces enjeux sont posés sur la table, aucun doute que le sommet de Luanda vienne constituer le début d’un rééquilibrage diplomatique dans une relation qui refuse de se réinventer et dont les résultats ne satisfont pas les populations africaines.
Par Sandrine EGOLO

